La (non)formation des profs dans l’enseignement supérieur…

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Ce sujet est le fruit d’un travail relativement long, le début date d’avant le second tour pour l’élection présidentielle de 2012. D’où une introduction liée à ce contexte. J’ai ensuite continué de travaillé dessus jusqu’en 2017 environ, le sujet évoluant rapidement et dans, je pense, le bon sens, je le publie quand même aujourd’hui.

Je suis en train de regarder le combat Hollande VS Sarkozy sur la 2. Bon, je passe tout ce qui a été dit, je suis sur que y’a plein de twitter addict et autres qui ont suivi tout ça.

Non que j’en ai marre (est-ce si important en fait… ?), mais ça fait déjà plusieurs fois, que ce soit sur France Culture, ou dans ce débat que j’entends que c’est une honte, que les enseignants et professeurs des écoles ne soient pas formés tout ça…

Ok, aucun doute là dessus, pour avoir enseigné en petite école quelques mois, j’en ai une vague idée. En effet ma seule formation était « je suis en train de passer le concours », et après une demi-journée d’observation, hop, dans le bain. C’est sans doute un grave problème… Mais c’est sur la formation d’autres enseignants que je vais focaliser cet article.

Que savez-vous de la formation des enseignants-chercheurs ou des professeurs -pas des écoles, mais des universités- ? Parce qu’on en entend pas trop parler. Certes on parle plus de la recherche qui n’est pas financée, et d’autres sujets, et, effectivement, ça peut être un problème, mais la formation des prof. de l’enseignement supérieur, qui en parle ?

Pas les journalistes ni les politiciens en tout cas, alors je m’y colle. Ma légitimité ? Je suis en fin de thèse et j’enseigne depuis quelques années maintenant à Grenoble École de Management.

Pour faire simple ces « profs » ne sont JAMAIS formés d’une manière systématique, à moins de se débrouiller pour, que ce soit aux méthodes d’enseignements, de pédagogies, de gestionL'enseignement ment - geektionnerd des classes, de psychologie de base pour gérer une situation « problématique », et autre… JAMAIS, c’est sur le tas qu’on apprend tout ça. Si on a de la chance, on s’essaye dans une école peu connue, où on ne prend pas trop de risques et on apprend à ses dépends. Bon, ça c’était en 2012. Je précise que les choses ont, un peu changer en 2016. Un accent fort est mis sur la pédagogie, qui devient désormais un facteur différenciant, mais c’est très limité et dépend généralement d’un positionnement stratégique des écoles. Aujourd’hui d’ailleurs, en 2020, on commence à développer des parcours en interne, pour certifier certaines de nos compétences en pédagogie.

Revenons à mes débuts… Croyez-moi ou pas, se retrouver devant un amphi avec près de 150 personnes bien énervées à devoir donner un cours qui ne porte que rarement sur une discipline que l’on maîtrise dans une salle pourrie, et ben c’est pas super simple, j’y reviendrai après. Aujourd’hui j’ai la chance de travailler à Grenoble École de Management et Paris Dauphine, deux structures qui bénéficient d’une bonne réputation. Je vais recueillir le témoignage de certains collègues, anonyme ou non, histoire de développer ce que je dis.

Deux parties pour les témoignages, une d’enseignants débutants, ou relativement jeunes, une autre d’enseignants plus âgés, ça permettra de retracer la trop lente évolution dans ce domaine.

Les jeunes profs

Du côté des jeunes enseignants la pédagogie est le cadet des soucis pour beaucoup. Entre la thèse, la rédaction de papier et d’articles histoire d’avoir un CV potable, les corrections de copies pour les fulls professor, c’est vraiment la dernière des priorités, sauf à choisir la pédagogie. Ce qui n’est jamais le cas car la carrière serait alors stoppée nette.

Prenons un premier exemple que je connais bien, le mien. Je touchais en 2012 moins de 800 € par mois pour 3 jours de travail hebdomadaire – en 2014 moins de 1200 pour 4 jours – ce travail était nécessaire pour moi car je n’avais pas de financement de thèse, alors être formé ou pas à l’enseignement, c’est pas ce qui comptait. Mais malgré tout, je suis dans une structure qui propose des séminaires de pédagogie, parfois trop superficiel à mon goût, mais ça aide. C’est en revanche une démarche personnelle, rien ne fait partie du cursus de l’enseignant chercheur sur le volet enseignement lors de la thèse, on ne vous apprend pas à enseigner mais à faire de la recherche, l’enseignement étant considéré, personne ne vous le dira clairement, comme un sous-métier à éviter autant que faire ce peu, de l’enseignant chercheur.

Je me rappelle de mon premier amphi dans une école de commerce… 140 étudiants, un amphi qui sent le moisi, en mauvais état et à l’ancienne – comprenez un pupitre au dessus des élèves – un vidéo projecteur qui ne marche pas, un cours qui ne porte pas sur ma discipline majeure… Ça fait un joli cocktail explosif. Même si avec le recul j’ai pu capitaliser sur cette expérience, même si cela peut être un moyen de sélectionner les « pédagogues » des « chercheurs » – sans rire – c’est juste impensable pour les élèves de leur mettre devant eux Une classe en aphiquelqu’un qui n’a pas la moindre idée de ce que c’est qu’enseigner au sens le plus large qui soit car il n’a fait qu’apprendre, chercher et travailler la plupart de sa vie ! Finalement, vous vous en doutez, les élèves n’étaient pas nécessairement convaincus par le cours que j’ai proposé et je ne travaille plus avec cette structure… Mais j’ai appris et j’essaye toujours en cours, d’être le prof que j’aurais aimé avoir. Je sais que c’est problématique sous bien des aspects, mais ça me permet, j’espère, d’être moins mauvais que d’autres.

Au tour d’un collègue à la carrière académique correcte de nous raconter son histoire. D’une petite quarantaine d’années, au sourire joyeux et à l’accent marqué il est docteur depuis une dizaine d’années, HDR depuis quelques années. Son histoire est intéressante car différente et troublante car elle reflète malgré tout un tâtonnement sans aucun doute chronophage. Il se rappelle très vaguement avoir « peut-être eu une formation de ce type », mais pense que « forcez les gens à suivre une formation » est contre productif. S’il déplore sous certain aspect le « learning by doing » ou plutôt « learning by failing »  comme il précise, il reste néanmoins certain que, nécessairement, de bonnes choses émergent, tant pour les apprenants que pour les enseignants même si la pédagogie n’est pas pertinente. Il pense que la création d’un « manuel de pédagogie » est une piste à développer mais reste opposé à l’obligation de formation, quelque quelle soit.

En conclusion, je nettoie les brouillons de mon site aujourd’hui, et même si ce travail n’est pas achevé, il reste encore d’actualité, donc je le publie, comme ça…

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